“La Malle d’Aurore pour la Poésie” — Éditions, Expositions, Lectures…

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Les Mangeurs d’aurore

samedi 4 juin 2011, par Antoine Compagnon, Jeannette l’Herminier, Michèle Bouhet

- BOUHET Michèle, COMPAGNON Antoine, Les Mangeurs d’aurore, 2011.
Dessins de Jeannette l’Herminier
Collection Théâtre-Récit
Disponible

Les robes grises de J. l’Herminier

Dessiner clandestinement, malgré les travaux pénibles et les traitements déshumanisants, c’est encore, et toujours, affirmer une dignité ; c’est fixer des formes humaines pour leur donner vie et éternité. C’est aussi vouloir témoigner : un dessin est moins contestable que la parole.
Il est utile de savoir que Jeannette l’Herminier n’avait pas reçu de formation artistique pour comprendre que ce sont les circonstances dramatiques qui lui ont imposé le dessin comme une nécessité vitale. Le hasard lui avait trouver un petit crayon de papier qu’elle avait habilement caché dans l’ourlet de sa robe. Et on distribuait à la volée des journaux aux détenues à de seules fins hygiéniques ; c’est sur un périodique qu’elle a exécuté son premier dessin dans un espace laissé vide… par la censure… Elle continuera sans le secours de la moindre gomme. Et toujours, l’exécution devait être rapide pendant que des camarades faisaient le guet. Sur des papiers kraft, des cartons arrachés aux caisses de munition, de papiers subtilisés aux nazis.
Ces dessins représentent des femmes dans une position digne, dans une relative élégance même. Car l’auteur exigeait d’elles un certain et difficile maintien. Par choix, elle a refusé de représenter des scènes atroces affirmant ainsi sa volonté de nier la barbarie et de sauver l’humain.

Nous tenons à remercier le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon pour l’autorisation de reproduire huit dessins de J. l’Herminier. Comme Renée Sarrelabout, J. l’Herminier fut déportée à Ravensbrück.