“La Malle d’Aurore pour la Poésie” — Éditions, Expositions, Lectures…

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Éditorial 2012

dimanche 1er janvier 2012, par René Trusses

Éditorial du bulletin n°14 par René Trusses, président.

Pour la poésie, pour un théâtre d’art

On dit que la poésie, en ces temps d’urgences, ne s’adresserait plus qu’à une petite minorité et que le théâtre d’aujourd’hui n’atteindrait plus qu’un cercle d’habitués. Les publics potentiels auraient trop peur de s’ennuyer ou de ne pas comprendre…

Sans vouloir généraliser, et tout en se gardant bien de se situer en exemple, la Malle d’Aurore vit en ce moment un petit évènement littéraire qui pourrait éclairer, malgré tout, des possibilités existantes.

En invitant des comédiens, conteurs et poètes à un collectage d’une mémoire ; en mobilisant un réseau de Spectacle Vivant, d’Associations, de Collectivités locales, d’Établissements scolaires (Collèges et Lycées) avec, au programme sur plusieurs années, une sensibilisation à l’écriture poétique ( Primo Levi, et Charlotte Delbo), il s’agissait de faire reculer l’indicible des camps d’extermination. Causeries, récitals, spectacles en création, expositions [1] ont effectivement permis un travail en profondeur en situation de qualifier les publics dans le droit fil des principes fondamentaux de l’Éducation populaire. Les publics étaient, étonnamment, aux rendez-vous et l’édition par exemple des « Mangeurs d’Aurore » a dépassé déjà les 380 exemplaires, la plaquette « La Poésie pendant la résistance », 85 exemplaires.

Il faut s’interroger sur le spectacle de la Cie de la Trace écrit à partir des témoignages de Renée Sarrelabout, rescapée de Ravensbrück.
Ce théâtre de M. Bouhet et A. Compagnon fait preuve d’une remarquable recherche d’écriture qui ne refuse pas l’émotion mais qui, au contraire, lui donne une structure capable de trouver, sans exhibition, un itinéraire dans le secret du spectateur, dans le plus profond de l’être. Ce qui n’a rien à voir avec le pathos. Ce théâtre, même s’il aborde les terribles barbaries dont sont capables des hommes, se construit pourtant sur le besoin d’humanité. Il n’empile pas ostensiblement les codes théâtraux, il frappe par l’authenticité, la confiance et lance en permanence des passerelles, grâce à l’image poétique. Il est revigorant tant il dépasse le cercle des blasés, les revenus de tout, qui, en réalité ne sont partis nulle part.
Et s’il y a eu voyage, justement, c’est grâce au travail sur la langue. C’est ce que nous appelons un théâtre d’essence poétique…un théâtre d’art.


[1La Poésie pendant la Résistance